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Scénario du film Dernier Instant

OUVERTURE

1.INT. SALLE DE BAINS - JOUR

Un HOMME dans un bain.
L’homme ouvre les yeux. Il parcourt le décor. Il s’assoit. L’eau plaque ses cheveux. Il se passe les mains sur son visage.
Il prend soudainement appui sur le bord de la baignoire et sort. Buste. Il a la cinquantaine.

2.INT. CHAMBRE - JOUR

Une pièce morne au décor fatigué.
Un lit défait. (Surtout un côté.) Une partie du couvre-lit traîne par terre.
Des pieds dépassent. Ils se mettent à gigoter. Quelque chose s’agite du côté de l’oreiller. Une tête émerge. Celle d’une FEMME, au petit matin.
La femme s’assoit lentement sur le bord du lit. Elle baille. Elle lance un regard vers le lit d’à côté. Il n’est pas défait. Un pyjama d’homme y est impeccablement plié. Elle se gratte la tête. Elle tend la main par terre, attrape une cigarette. Elle la met à sa bouche. Ses yeux s’ouvrent et se referment. Elle attrape son briquet.

3.INT. SALLE DE BAIN - JOUR

L’homme termine de nouer la ceinture de son peignoir. Il attrape sa serviette et se frictionne vigoureusement la tête.
Il ouvre la fenêtre, lance un coup d’œil furtif à l’extérieur. En face, on distingue une fenêtre. L’homme se dirige vers l’armoire à glace de la salle de bain. Il achève de se sécher les cheveux.
Sur la tablette, un verre avec brosse et dentifrice. Un autre verre tombé, jamais relevé. Une brosse où des cheveux longs s’entortillent négligemment. Un peigne. Il le saisit et se coiffe avec précision.
L’homme passe la main sur son menton, tend la mâchoire en avant, étire sa peau. Il aperçoit son alliance, regarde sa main, se regarde dans la glace. Il enlève l’alliance et la pose sur la tablette.
Il ouvre l’armoire et prend son rasoir électrique sur une étagère impeccablement rangée. Il se rase.

4.INT. CHAMBRE - JOUR

Mèches en bataille, cigarette au bec presque consumée, la femme est toujours assise au bord du lit. Immobile. Elle enfile vaguement sa robe de chambre.
Elle se hisse vers l’avant du lit. Sur une mule, une petite culotte et une lettre. Elle se baisse pour saisir la petite culotte. Elle constate qu’elle n’est pas propre. Elle la laisse retomber. Elle fait l’effort de se baisser pour ramasser la lettre. Elle l’ouvre, la lit.

5.INT. SALLE DE BAINS - JOUR

L’homme finit de nettoyer sa brosse à dents, la range dans son étui et la remet dans l’armoire à glace.

6.INT. CHAMBRE - JOUR

Elle finit la lettre, la met dans sa poche de robe de chambre.
Elle enfile ses mules, se lève et se dirige vers la cuisine.

7.INT. SALLE DE BAINS - JOUR

L’homme se dirige vers une tablette où se trouve son nécessaire à manucure. Y prend une petite paire de ciseaux. Attrape un petit miroir pour couper un poil de nez inesthétique.
En arrière plan, on voit une fenêtre s’allumer.

8.INT. CUISINE - JOUR

La femme, dans la cuisine allumée, se dirige vers l’évier, attrape une casserole, la remplit d’eau, la met sur le gaz.
Elle se dirige vers la fenêtre, l’ouvre.

9.EXT. COUR INTERIEURE IMMEUBLE, FEMME A LA FENETRE DE LA CUISINE ET HOMME A LA FENETRE DE LA SALLE DE BAINS - JOUR

La femme dépose son mégot dans un cendrier se trouvant sur son rebord de la fenêtre. Elle lance un coup d’œil furtif vers la fenêtre d’en face.
PDV de la femme
L’homme s’enlève un poil de nez. Sans regarder vers la cuisine, il ferme la fenêtre.
La femme ne marque aucune réaction, baisse les yeux puis se retourne.

10.INT. CUISINE - JOUR

La femme se dirige vers le placard de cuisine, attrape le paquet de café, en verse dans une chaussette.
Son regard s’arrête sur une boîte à pharmacie, avec des somnifères dedans. Elle prend un tube à somnifères qu’elle met dans sa poche.
Elle se dirige vers le couloir.

11.INT. SALLE DE BAINS - JOUR

Ciseaux rangés, l’homme saisit sa bouteille d’eau de toilette.
Il s’en met sur les joues, sous les bras, hésite... Va même plus bas.

12.INT. COULOIR - JOUR

La femme traverse le couloir, se curant l’oreille avec le petit doigt.
Elle ramasse le courrier sous la porte d’entrée. Elle le trie, laisse retomber à terre celui qui n’est pas pour elle, ne garde que le journal. Elle s’enfile dans le couloir, déchire la bandelette du quotidien qui tombe au sol et y reste.

13.INT. CUISINE - JOUR

La table n’a pas été débarrassée. (Repas de la veille, saladier épluchures de fruits...) Le journal atterrit sur la table de la cuisine.
Elle s’assoit, saisit un verre de vin, se rince la bouche avec et verse le liquide restant dans le saladier de la veille.
Puis la femme se dirige vers le placard et l’ouvre. De la main gauche, elle sort une soucoupe qu’elle pose sur le plan de travail. De la main droite, elle attrape une tasse, qu’elle astique avec le tissu de sa robe de chambre. La tasse atterrit sur la soucoupe. Elle saisit le tout et retourne à la table.
D’un revers de manche, elle dégage et essuie un coin de table. Elle y pose la soucoupe et la tasse. Elle attrape dans un pot une petite cuillère, qu’elle place méticuleusement sur la soucoupe. Elle ajuste le tout. Elle se rassoit, ouvre son journal et commence la lecture. Elle lance un vague coup d’œil vers la fenêtre de la salle de bain,
PDV de la femme
Une ombre se meut derrière la fenêtre de la salle de bain.
Elle retourne à son journal.

14.INT. COULOIR - JOUR

L’homme, désormais impeccablement coiffé, finit de boutonner une chemise élégante. Il s’attarde sur le bouton du col, puis il saisit dans l’armoire, au milieu d’une rangée de cravates suspendues, un nœud papillon noir. Il le fixe et s’assure qu’il est impeccablement centré.
Il se dirige vers la penderie, ramène du fond de l’armoire, un smoking protégé par une vieille housse de teinturier. Il se tourne pour accrocher la housse à l’applique du couloir. Il la déchire et enfile la veste du smoking.

15.INT. CUISINE - JOUR

Elle sort le tube de somnifères de sa poche, l’ouvre en verse le contenu dans une soucoupe. Elle sort de sa poche l’Opinel, l’ouvre et écrabouille avec les somnifères. Elle attrape le sucrier, verse le contenu de la soucoupe dedans.
Elle attrape le sac plastique contenant le pot de confiture, et l’ouvre. Elle se tartine une biscotte. La femme croque sa biscotte, lance un coup d’œil vers le couloir.

16.INT.SALON - JOUR

L’homme entre dans le salon, regarde le lustre, pousse la table et va vers la cuisine.

17. SUPPRIMEE

18.INT. CUISINE-JOUR

L’homme passe et va chercher un escabeau dans la chambre. Il monte dessus.
La femme, lit son journal et boit son café. Elle lui lance un coup d’oeil.
L’homme fouille dans le sous-plafond, la femme lui lance un deuxième coup d’œil.
L’homme sort du sous-plafond une grosse corde avec un superbe nœud coulant. La corde descend. La femme regarde la corde descendre.
L’homme met la corde en écharpe autour de son cou. Il croise le regard de la femme, rabat le côté droit de la corde sur son épaule gauche.
Il descend de l’escabeau et le prend. La femme le regarde partir.

19. INT.COULOIR-JOUR

Il retourne au salon, traverse le couloir, le nœud pendouille dans son dos.

20.INT. SALON-JOUR

Il installe l’escabeau sous le lustre. Il revient fermer à clé la porte du salon. Il se retourne, regarde le lustre. La Femme en arrière-plan, derrière les vitres du salon, se dirige vers les toilettes.
Il monte sur l’escabeau, passe la corde dans l’anneau du lustre.
Il fait deux nœuds.
Il descend de l’escabeau pour ajuster le noeud
Il relève la tête.
Il tire sur la corde. On entend au loin le bruit de la chasse d’eau. Début de craquement. Des éclats de plâtres atterrissent sur lui.
Il tire une deuxième fois, une troisième. Plus rien ne tombe.
Il constate que son costume est couvert de saletés, il s’assoit, dépité, sur le tabouret. La femme repasse en arrière-plan derrière la porte vitrée du salon.
L’homme la regarde passer. Une fois sa silhouette disparue, il se dirige vers la salle de bain.

21.INT.SALLE DE BAIN - JOUR

L’homme prend une brosse sur la tablette et s’époussette.

22. INT.SALON - JOUR

La femme entre dans le salon, coupe avec son Opinel la corde au trois-quarts et ressort.

23. INT.SALON - JOUR

L’homme met la corde autour de son cou.
L’homme ajuste son nœud papillon.
L’homme respire, ferme les yeux et saute.
La corde lâche.
L’homme tombe à terre.

24.INT. CUISINE - JOUR

La femme assise verse le café fumant dans la tasse de l’homme.
L’homme entre clopinant dans la cuisine.
Elle fait glisser la tasse à sa place, attrape son journal et se plonge dans la lecture.
L’homme se dirige vers la poubelle, l’ouvre et y dépose les morceaux de corde. Il se dirige vers l’évier.
L’homme se lave les mains. La femme le toise : il a toujours son costume du dimanche. Elle jette ensuite un œil ironique vers leur photo de mariage sur le mur et revient à sa lecture.
L’homme se dirige vers le torchon, s’essuie les mains, regarde la femme, revient à son torchon, cherche une idée. Préoccupé, il se dirige lentement vers le couloir, aperçoit la tasse de café, le sucre avec le sucrier. Il enfile d’une traite la tasse.
Il repose la tasse, regarde attentivement un couteau sur la table, le saisit, examine le tranchant de sa lame, son arrondi, sa taille et se dirige avec vers le couloir. Au dernier moment, il se ravise et le replace dans le pot à couteaux.
La femme fait glisser devant lui le bidon d’ammoniac.
Il le prend et sort de la cuisine. Elle amorce une sortie vers la chambre.

25.INT. SALON - JOUR

L’homme entre dans le salon.
Il vient poser d’ammoniac sur une table basse placée devant le canapé.
Il se dirige vers le bar, l’ouvre et saisit une flûte à champagne.
Il pose la flûte sur la table.
Il attrape le bidon et en regarde la composition.
Il repose le bidon sur la table et dévisse soigneusement le bouchon doseur.
Il respire l’odeur émanant de la bouteille, verse le contenu dans la flûte, ajoute un peu de grenadine, et touille la mixture à l’aide d’une pince à cocktail.
Il s’installe confortablement dans le canapé à la verticale.
Il se ravise et tente une position à l’horizontale. La porte restée ouverte le perturbe, il se lève va la fermer et se s’installe à nouveau.
La porte fermée, laisse place au mur, où trône un tableau qui lui déplait.
Il se rassoit, attrape un cousin et le met sous sa tête.
Il apprécie la position.
Un coup de mou l’envahit, il lutte.
Il s’endort.

26. INT. CHAMBRE - JOUR

En insert dans la scène 25 :
La femme sort du placard du cabinet de toilette de la chambre un mannequin portant un vêtement son plastique. La femme fait coulisser un tiroir et sort un tube du rouge à lèvres. Elle s’en met.
Elle enfile ses chaussures.

27. INT. COULOIR - JOUR

La femme, vêtue d’une robe de mariée, la clope au bec, sort de la chambre avec un pied photo sur lequel trône un appareil. Elle le porte sur les épaules.

28. INT. SALON - JOUR

Elle entre dans le salon et va installer l’appareil en face du canapé. Dans sa poche le sac plastique, autour de son cou un morceau de corde.
Elle cadre et fait la mise au point.
L’homme dort.
Elle s’avance vers le canapé, sort le sac plastique.
Le sac est passé... autour de la tête de l’endormi.
Elle le noue avec la corde pour garantir l’asphyxie.
Le sac se gonfle et se dégonfle au rythme des inspirations, expirations.
Elle s’assoit à côté de l’homme, regarde l’objectif.
Elle sort la lettre, la déchire.
Gonflement. Aspiration. Gonflement. Aspiration...
L’amplitude des deux phases diminue.
Elle attend encore...
Gonflement marginal.
Elle se dirige vers l’appareil photo.
Elle appuie sur le déclencheur.
Elle revient s’asseoir sur le canapé, prend la corde dans les main et pose.
Le dernier soupir arrive.
La photo est prise.

FIN