Pierre Diot
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Si le physique du Diot hésite entre le cochon sauvage du Parc Naturel Régional de la Corse et le Toucan du Zoo c’est sans doute parce qu’il est originaire du premier (Vico) et habite depuis sa plus tendre enfance à côté du second (Vincennes).
C’est donc à Vincennes (au collège Berlioz) que Pierre Diot, qui fait partie des heureux événements de 68, essaya de ne pas redoubler sa quatrième mise à mal par l’écoute intensive de Brel, la lecture assidue d’Achille Talon et l’intérêt irréfrénable pour les scènes qu’il présentait chaque samedi soir au professeur du conservatoire de sa ville : Jean- Claude Balard.
Il ira même jusqu’à sortir avec sa déléguée de classe pour inverser le verdict du conseil de classe, opération qui se soldera par un échec mais donnera une belle histoire d’amour et trois enfants dont une petite Roxane qui vient de sortir.
Après avoir réussi son bac l’année où Coluche ratait son virage, Pierre Diot s’exila un an aux Etats- Unis où il découvrit que les textes des américains étaient aussi irréguliers que leurs verbes mais que, dans le domaine de l’improvisation, un petit français devait souffrir la croix et la bannière pour qu’elle devienne étoilée.
A son retour de Washington, il décida de poursuivre des études d’histoire qu’il ne rattrapa jamais, s’égarant rapidement dans les travées de l’amphithéâtre Richelieu où il répétait, la nuit, des pièces de Tchékhov avec ses camarades de classe buissonnière : Benoît Nguyen Tat, Pierre-Louis Chantre et Hervélina Lemoine (encore merci au gardien de la Sorbonne qui voulait bien fermer les yeux...).
Bref, il fallut rapidement se rendre aux auditions et à l’évidence : le théâtre était à Pierre Diot ce que la moutarde est au hot-dog : on évite de tomber dessus mais il n’y a que ça qui relève le goût de la saucisse (voir recette des diots).
Ayant donc compris que sa vie serait tragique si son art n’était pas dramatique, Pierre Diot l’exerça d’abord à la Classe supérieure de la Ville de Paris (en 1990, l’année de son mariage avec Valérie, oui oui, la déléguée...) dont il fut viré, sitôt apprise la nouvelle de son admission au Conservatoire National. Il passa donc de Françoise Seigner à Madeleine Marion comme on passe de l’aquarelle à la peinture à l’huile : la palette de couleurs est plus variée mais un peu galère à nettoyer. Stuart Seide le fit travailler au couteau et, en troisième année, Philippe Adrien passa carrément à la bombe et transforma les murs du répertoire classique en fresques futurocosmiques.
Au cours des années qui suivirent, les tournées furent d’ailleurs comme de beaux voyages à bord de Scènes Nationales dont les voiles se gonflaient à mesure que Philippe Adrien y semait le vent récolté à la Tempête, le théâtre qu’il barrait à la Cartoucherie de Vincennes.
La Noce chez les Petits Bourgeois de B.Brecht, Hamlet de W. Shakespeare, Victor ou les enfants au pouvoir de R. Vitrac, autant de ports où les amitiés peuvent accoster : Patricia Franchino, Micha Lescot, Laurent Stoker, Scali Delpeyrat, Catherine Vinatier...chacun vint ajouter son portrait sur la cheminée où Pierre Diot brûlait les planches, entre la Cagnotte de Labiche que Julie Brochen lui avait offerte pour sa sortie d’école et le dictionnaire que Françoise Pillet lui avait prêté pour aller dans les classes.
Les années 90 sont aussi celles des naissances : Samuel en 1991 et Alex en 1995 , des reconnaissances : Anatole d’A.Schnitzler au théâtre de la Bastille en 1996, et des nouvelles connaissances : Denis et Bruno Podalydès lui offrent son premier rôle au cinéma dans "Dieu seul me voit".
En 98, il décide de changer d’air en soufflant ses trente bougies et les spectateurs qui découvrent les sketches qu’il avait concoctés pour les rencontres de la Cartoucherie.
Un festival d’Avignon et deux tours de café théâtre plus tard (Monette Candella à Antibes et l’ Antidote à Marseille) Pierre Diot s’engouffre dans le cinéma grâce à Michel Deville qui l’avait vu dans une répétition de son spectacle .
On lui fait jouer aussi bien les gentils patients (la maladie de Sachs .M. Deville), les soixante huitards bonhommes(la parenthèse enchantée Michel Spinoza), les voyous plutôt gentils (Bon voyage, Jean-Paul Rappeneau) , les DRH franchement cool (Zim & Co, Pierre Jolivet) que les salauds finis (Un fils de notre temps, F.Caseneuve) et les ordures patentées (Sur mes lèvres, Jacques Audiard).
Entre les rôles qu’on lui sert sur un plateau (de cinéma), Pierre Diot alias l’inspecteur Christiani trouve juste le temps d’ apporter son demi au commissaire Maigret et de rester , en voyant Bruno Crémer régner sur l’empire de Simenon comme César sur Rome ,baba .
Cette admiration filiale, peut-être exacerbée par l’absence d’un père que Pierre Diot a peu vu pendant trente ans, qui faisait suite à celle qu’il vouait à Philippe Adrien, n’a d’égale que l’affection qu’il porte aujourd’hui à Marc Jolivet dont il fera la première partie de spectacle au Casino de Paris.
Car Pierre Diot a repris le one man qu’il avait mis en veille pour le rallumer définitivement au Festival de Tournon en 2004...Festivals, théâtre d’humour, plateaux, voici un an qu’il le cisèle, le peaufine, le polit sans relâche pour que, le 5 octobre, quand il le mettra dans le coffre fort du point virgule, ce soit le public qui fasse... le casse de sa vie.
CVPierre Diot
